NAPOLÉON ET LA GLOIRE

Nous avions un professeur au Collège de Montréal qui tressaillait de passion lorsqu’il nous relatait les nombreuses victoires militaires de son héros: nous les francophones avions été élevés sous la mystique sacrée de Napoléon. Voyons les faits. Il est vrai que celui-ci créa la plupart des grandes institutions qui définissent l’État français; il est vrai qu’il encouragea les sciences et les arts et qu’il laissa une marque indélébile en Égypte avec Champollion et son groupe d’archéologues, il est vrai qu’il fit codifier les lois civiles qui nous régissent encore aujourd’hui.

Après s’être fait connaître par le Directoire Révolutionnaire comme celui qui avait chassé les Anglais de Toulon en 1794 en tant que capitaine d’artillerie, Napoléon Bonaparte fut nommé brigadier général et après avoir aidé en 1795 à réprimer une insurrection royaliste à Paris, il fut nommé Général et dirigea la Campagne d’Italie contre l’Autriche en 1796. Après la paix de Campo Formio, il retourna à Paris en 1797 auréolé de ses victoires italiennes où il prit la tête de « l’armée d’Angleterre » qui devait conquérir la perfide Albion.

Incapable de contourner la marine anglaise qui patrouillait les côtes Atlantiques de la France, il tourna son regard vers la Méditerranée où à son extrémité se trouvait l’Egypte qui était un élément essentiel des voies de communication maritimes anglaises.

À la tête d’une armada de 17 navires et d’une armée de 10 000 hommes, il quitta Toulon en 1798 accompagné de savants et d’archéologues qui allaient enfin explorer cette Égypte mystérieuse; Napoléon avait alors 29 ans.

Après une victoire près des Pyramides contre les Mamelukes qui contrôlaient l’Égypte et étaient alliés des Anglais, la flotte française, à l’ancre devant Aboukir, fut coincée et détruite par Nelson, l’amiral anglais de la flotte de Méditerranée. Seul quatre navires français purent échapper au désastre. Entre-temps, Bonaparte toujours plus à l’aise à commander des armées que des navires, réussit à battre les Turcs à Aboukir après une marche forcée dans le désert du Sinaï.

Sans sa flotte, Napoléon se rendit compte qu’il ne pouvait plus compter sur un ravitaillement par mer et que, par conséquent, son armée de terre était condamnée à mourir à petit feu. Réaliste, il abandonna son armée en Égypte, et s’embarqua sur un des vaisseaux intacts et par une chance inouïe réussit à déjouer la surveillance de l’amiral Horatio Nelson dont la mission était de l’arrêter à tout prix et atteignit Toulon.

En 1799, revenu à Paris, il aida à fomenter un coup d’état contre la République en prétextant un complot anarchiste; aidé de son frère Lucien Bonaparte, président de l’Assemblée qui fit sortir les députés de l’hémicycle en panique, il se fit nommer Consul et un peu plus tard Premier Consul; ce complot fut financé par des banquiers et des industriels de droite désireux de se débarrasser de cette révolution de plus en plus gênante.1

Sa popularité étant à son zénith grâce aux victoires de sa deuxième Campagne d’Italie (1800-1801) contre les Autrichiens, il fut nommé Consul à vie en 1802. Il devint donc le seul dictateur capable de donner un souffle guerrier à la France, ce qui permit à celle-ci de s’affirmer comme la plus grande puissance militaire de l’Europe. Le régime révolutionnaire venait de mourir et la dictature napoléonienne venait de débuter permettant à Napoléon de s’affirmer comme génie militaire tout en détournant à son bénéfice personnel et à celui de sa famille le pouvoir qui lui fut accordé par l’Assemblée. Bientôt ses quatre frères et ses trois soeurs se virent à la tête de différents royaumes d’Europe ainsi que deux de ses généraux, Murat à Naples et Bernadotte2 en Suède dont le lointain descendant est toujours roi de ce pays.

À court d’argent pour financer ses campagnes militaires de plus en plus coûteuses, Napoléon entreprit de céder l’immense territoire de la Louisiane qui s’étendait de la Nouvelle-Orléans jusqu’à la frontière canadienne soit quatre fois la superficie de la France. Le 10 mars 1804, ce territoire fut officiellement transféré aux États-Unis contre la somme de 15 millions de dollars U.S.

Finalement le 2 décembre 1804, le chapitre final de l’ambition de Napoléon fut réalisé: son couronnement à Notre Dame de Paris comme Empereur des Français. Napoléon utilisa alors une couronne appelée «couronne de Charlemagne» comme symbole de celui qui fut en 800 le dernier empereur médiéval du Saint Empire Romain: Charlemagne contrôlait alors une grande partie de l’Europe actuelle, comme Napoléon allait tenter de le faire mille ans plus tard.

Finalement Napoléon s’attaqua à réformer de fond en comble l’administration de la justice grâce à la rédaction du Code Civil bousculant ainsi les vestiges des anciens privilèges de la noblesse et du clergé. Il effectua également des réformes en profondeur dans les domaines de la science et de l’éducation tout en encourageant les artistes à travers toute l’Europe. Il fut aussi le créateur de la Police d’état personnifiée par le sinistre Joseph Fouché (1759 – 1820), ministre de la Police, et qui fut sans doute l’inspiration pour Victor Hugo dans son personnage du policier dans Les Misérables. Napoléon devint aussi un symbole de liberté particulièrement en Italie régie par une ancienne noblesse et par l’occupant autrichien; en Pologne il fut l’espoir de l’élite qui espérait une nouvelle Pologne libérée de ses voisins qui l’avait démembré en 1795.

Possédant le contrôle de l’Europe continentale, Napoléon après s’être couronné empereur de sa propre main en décembre 1804, s’empressa de créer une nouvelle noblesse impériale plus arriviste et plus flamboyante que l’ancienne noblesse royale.

Abandonnant son projet d’invasion de l’Angleterre à partir de Boulogne, il assembla la première grande armée multinationale pour donner l’assaut final à une coalition de l’Autriche et de la Russie. Après la victoire éclatante d’Austerlitz de décembre 1805, Napoléon, se rendant compte qu’il ne restait qu’un seul ennemi à abattre, promulgua un blocus total contre les navires britanniques et partant contre le commerce extérieur de l’Angleterre vital à sa prospérité. Bien qu’imparfait ce blocus continental fut imposé en 1806 partout en Europe et quand le Portugal s’avéra réticent , une armée française traversa l’Espagne pour atteindre un Portugal allié aux Anglais et défendu par le duc de Wellington, le célèbre général anglais qui allait contribuer grandement à la défaite de Napoléon au Portugal et en Espagne et plus tard à la bataille de Waterloo. Ne pouvant résister à la tentation d’agrandir l’influence de sa famille, une fois l’Espagne occupée, Napoléon fit nommer son frère Joseph pour remplacer le roi Charles IV d’Espagne démissionnaire. La réaction fut immédiate: une insurrection massive contre l’occupation française qui dura 6 ans et qui lui coûta plus de 200 000 soldats français. Cette insurrection fut immortalisée par la célèbre peinture de Goya « Tres de Mayo » qui dépeint trois patriotes espagnols dont un tend les bras au ciel, se faisant fusiller par un peloton d’exécution français.

Un parallèle peut être tiré entre Napoléon, le génie militaire et l’homme d’État, et Hitler, le raciste obsessionnel et le criminel de guerre: les deux rassemblèrent une flotte de débarquement à Boulogne-sur-Mer composée de barges pouvant transporter 50 000 hommes et leur équipement. Pour Napoléon en 1804, et Hitler en 1941, la traversée de la Manche était l’objectif. Napoléon devait avoir la maîtrise navale pour effectuer la périlleuse traversée, de même pour Hitler, qui comptait sur une maîtrise des airs pour la traversée de son armée, ce qui ne survint jamais grâce au radar et aux avions de chasse anglais.

Pour Napoléon, en 1805, la bataille de Trafalgar au large des côtes de l’Espagne, amena la destruction presque complète de la flotte combinée française et espagnole par l’amiral Nelson, rendant caduc son plan d’invasion à partir de Boulogne. Nelson perdit la vie dans cette bataille, tué par une balle de fusil d’un marin français pendant qu’il dirigeait du pont de son navire la bataille dans son uniforme d’amiral trop visible.3

Napoléon, génie militaire des batailles terrestres, décida alors de retirer sa grande armée de plus de 200 000 hommes des côtes de l’Atlantique pour se lancer à l’attaque de la Ve Coalition dirigée par les Autrichiens. Une série de victoires françaises contre la coalition alliée aboutit à une paix cimentée par le mariage de Napoléon avec Marie-Louise d’Autriche, fille de l’empereur autrichien propulsant ainsi Napoléon dans le cercle restreint de la royauté européenne.

Seul un monarque résista aux pressions napoléoniennes: Alexandre 1er de Russie qui, dans un premier temps, signa un traité avec Napoléon mais finalement décida de ne pas adhérer au blocus continental nuisible à son économie et donc de défier l’empereur français. Napoléon décida alors d’envahir la Russie; il traversa une Pologne démembrée4 et assembla sa Grande Armée de plus de 440 000 hommes aux frontières russes pour en finir avec Alexandre 1er. L’invasion eut lieu à l’été 1812 et la longue marche vers Moscou débuta ponctuée de batailles jamais décisives5.

Napoléon était à la fois un génie militaire et un homme d’État mais cette fois son ambition démesurée allait le perdre.

L’empereur français eut cependant la satisfaction de bousculer les armées russes qui se replièrent à l’est en ayant soin de tout brûler sur leur passage et il pénétra finalement à l’hiver 1812 dans un Moscou abandonné et en flammes. Malheureusement pour lui, il fut forcé d’abandonner la capitale russe après de longues semaines de famine lorsque les Russes refusèrent de négocier un armistice et il dû retirer ses forces en hiver sous les attaques constantes de l’armée et des partisans russes qui harcelèrent la Grande Armée jusqu’à la frontière. La retraite vers l’ouest fut un calvaire: malgré la traversée héroïque de la Bérézina par ses troupes coincées pas les forces du Tsar, Napoléon pour la seconde fois après l’Égypte abandonna son armée. Prétextant des affaires urgentes à Paris, il réquisitionna une berline tirée par des chevaux rapides et dépassa son armée vaincue et en lambeaux6 laissant le commandement de ce qui restait de la Grande Armée au Maréchal Murat7 et à Eugène de Beauharnais, son fils adoptif. Aussitôt après, des désaccords sérieux surgirent entre ses généreux maintenant que Napoléon n’était plus là pour imposer la discipline dans son armée en retraite. La retraite devint un sauve qui peu général qui se transforma en course mortelle vers la frontière Russe.

La Grande Armée n’était plus; il n’y avait qu’une colonne de soldats malades et en haillons retraitant tant bien que mal sous les attaques des Cosaques. Éventuellement, moins de 60 000 hommes des 440 000 hommes de la force d’invasion réussirent à atteindre leur pays respectifs, y compris 20 000 soldats français qui réussirent à rejoindre la France.

Cette fois, une nouvelle coalition composée de Russes, d’Autrichiens, de Suédois et d’Anglais apparut aux Portes de Paris et sur le conseil de ses propres maréchaux, Napoléon dû abdiquer en avril 1814 après avoir refusé avec pétulance une offre d’armistice. Après un adieu émouvant à Fontainebleau devant sa Vieille Garde, Napoléon s’exila dans l’île d’Elbe avec 600 hommes tirés sur le volet. La guerre dans ce temps était une guerre de gentilshommes où on permettait au perdant de se retirer sans plus de formalité.

Dans son île, Napoléon se mit immédiatement à l’oeuvre pour planifier son retour, sachant l’impopularité du roi Bourbon Louis XVIII restauré par la coalition; il débarqua près de Cannes en mars 1815 avec une petite troupe de fidèles partisans.

Les soldats envoyés par Louis XVIII pour l’arrêter se mirent à genoux devant Napoléon, lorsque celui-ci faisant face aux troupes royales offrit sa poitrine en s’exclamant: « Allez-vous tirer sur votre empereur? ».

Celui-ci continua vers Paris avec une armée grossissant à vue d’oeil par la “route Napoléon”8 et arriva tel un héros dans un Paris en liesse afin de préparer sa bataille finale contre la coalition. Deux jours avant l’arrivée de Napoléon à Paris, Louis XVIII, s’inclinant devant l’inévitable, décida de se réfugier à Londres.

L’empereur après avoir réorganisé son armée, lança une attaque éclair en Belgique pour prendre le duc de Wellington et le Maréchal Blücher à revers. Malgré deux victoires à Ligny et à Quatre Bras il fut finalement défait à Waterloo le 18 juin 1815 dans une bataille épique et sanglante, 100 jours après son retour d’Elbe. Exilé à Ste-Hélène cette fois comme prisonnier, il y mourut d’un cancer du foie en 1821 âgé de 51 ans.

Aujourd’hui le génie de Napoléon nous est rappelé par l’Arc de Triomphe à Paris où sont inscrites ses victoires telles Austerlitz et Wagram et à l’Hôtel des Invalides où son corps fut inhumé en grande pompe en 1841.

Entre 1796 et 1815, Napoléon mit littéralement l’Europe à feu et à sang, de l’Espagne à la Russie pour satisfaire son ambition impériale d’une Europe sous l’égide révolutionnaire de la France face à une Angleterre « rétrograde et isolée ». Certains historiens avancent le chiffre de 5 millions de morts dont 2 millions de soldats français résultant des nombreuses campagnes militaires de Napoléon à travers l’Europe et l’Égypte. Le tout finit très mal pour la France, à partir de la terrible défaite navale de Trafalgar et de la défaite finale de Waterloo qui affaiblirent la France9 pour un siècle tout en consacrant l’Angleterre et son empire comme seule grande puissance mondiale.

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Napoléon I (1769-1821)
Empereur Napoléon Bonaparte
Napoléon III (1808-1873)
Neveu de Napoléon
Alexandre Walewski (1810-1868)
Fils de Napoléon

Conclusion

La chute de Napoléon entraina l’ascension de l’Angleterre comme seule grande puissance mondiale ce qui l’amena à créer un Empire immense dont le Canada faisait autrefois partie.

Ce qui est étonnant c’est que la population de la France en 1805, l’année de l’Empire Napoléon, était de 29 millions d’habitants pendant que l’Angleterre avait moins de 10 millions d’habitants.

Les débuts de la révolution industrielle française retardés à cause des nombreuses guerres Napoléoniennes qui avaient détourné les ressources de l’État français vers l’ambition d’un seul homme.

Appendice I

Les femmes dans la vie de Napoléon

 

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Désirée Clary (1777-1860)
Le premier amour de Napoléon et future reine de Suède
Joséphine de Beauharnais (1763-1814)
Épouse et impératrice aimée de Napoléon mais qui ne pouvait lui donner un héritier
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Marie-Louise d’Autriche (1791-1847)
Épouse de Napoléon aux ordres de son père et impératrice réticente.
Mère de l’Aiglon fils de Napoléon
Marie Walewska (1786-1817)
La seule femme qui eut vraiment aimée Napoléon et qui lui donna un fils, Alexandre Walewski

Appendice II

Les hommes importants dans la vie de Napoléon

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Horatio Nelson (1758-1805)
L’amiral anglais qui détruisit la flotte Hispano-Française à Trafalgar en 1805
Lord Wellington (1769-1852)
Le général anglais qui vainquit Napoléon à Waterloo en 1815
Alexandre I de Russie (1777-1825) qui résista jusqu’à la fin à Napoléon
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Général Bernadotte (1763-1844) à qui Napoléon avait présenté Désirée Clary et qui devint l’ennemi juré de Napoléon en s’alliant à la Suède Joseph Fouché (1759-1820)
Le chef de la police d’État de Napoléon, fourbe et sinistre et qui servit sous plusieurs régimes français
Louis Bonaparte (1778-1846)
Frère de Napoléon
Roi de Hollande avec son fils le futur empereur des Français, Napoléon III

Appendice III

Napoléon Bonaparte, au début et à la fin de sa glorieuse carrière

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Napoléon au pont d’Arcole en Italie en 1796
Il avait alors 27 ans.
La fin d’un rêve, Napoléon à Fontainebleau en 1814, une année avant la défaite finale de Waterloo, à l’âge de 45 ans

Appendice IV

Chefs d’œuvre de l’époque napoléonienne

 

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Le Sacre de Napoléon du 2 décembre 1804
Artiste: Jacques-Louis David (1748-1825)Après s’être couronné de sa main, nous voyons Napoléon couronnant la nouvelle impératrice Joséphine, son épouse, sous le regard du pape; étaient présents ses sept frères et sœurs entourés de ses généraux, de la plupart des ambassadeurs européens ainsi que de la nouvelle noblesse impériale

 

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El Tres de Mayo
Artiste: Francisco de Goya (1746-1828)
L’insurrection contre les Français et l’exécution de patriotes espagnols le 3 mai 1808.
Venus Victorieuse sous les traits de Pauline Bonaparte
Artiste: Antonio Canova (1757-1822)
L’artiste exécuta cette sculpture à la demande du Prince Borghèse épousé par Pauline une année après la mort du Général Leclerc, son premier mari. La statue, toujours au palais de Borghèse à Rome, ne fut montrée au public qu’après la mort du Prince Borghèse. Malgré sa vie amoureuse mouvementée, Pauline Bonaparte fut la seule parmi ses frères et soeurs à demeurer fidèle à Napoléon jusqu’à la fin.

NAPOLÉON ET L’ESCLAVAGE

Il est important de se rappeler que la révolution française de 1789 produisit la première Déclaration des droits de l’homme basée sur le célèbre slogan ?Liberté, égalité, fraternité.?

Emporté par l’euphorie du moment, la Convention fit abolir l’esclavage en 1794 ce qui donna à la France le prestige d’être le premier pays à avoir banni la traite des Noirs; cette déclaration fut faite sans égard aux conséquences négatives pour les grands propriétaires de plantation dans les possessions françaises des Antilles. En 1802, le lobby des riches planteurs de la Martinique et de St-Domingue (Haïti) aidé de l’épouse de Napoléon, Joséphine de la Pagerie, elle-même fille de planteur, réussirent à convaincre Napoléon que sans l’esclavage, les plantations françaises seraient ruinées face à la concurrence anglaise. Aussi Napoléon en 1802 fit légaliser de nouveau cette pratique odieuse et en plus fit bannir les mariages mixtes dans les colonies; ce n’est qu’en 1848 que la traite des Noirs fut définitivement abolie par la IIe République, en France et dans tous ses territoires, soit 15 ans après l’abolition de cette pratique en Angleterre.

Durant cette même année (1802), Napoléon fit réprimer une révolte des esclaves à Haïti ce qui lui valut la perte d’une armée complète décimée par la fièvre jaune et de l’un de ses meilleurs généraux Charles Leclerc marié à sa soeur Pauline. Entre-temps grâce à un subterfuge inacceptable, on s’empara du chef de la révolte, Toussaint Louverture qui venait parlementer avec les Français; celui-ci fut amené en France et emprisonné dans une sinistre forteresse de Haute-Savoie où il mourut en 1803 victime du froid hivernal. Cette mort amena une révolte sanglante des esclaves noirs contre les propriétaires blancs français.

ÉPILOGUE

Les plantations d’Haïti naguère exportatrices furent abandonnées et le pays vécut dans l’anarchie la plus totale jusqu’en 1820 où le président Haïtien Jean Pierre Boyer réussit à négocier un traité de paix avec Charles X le roi français contre une indemnité de 90 millions de francs-or 10 et la diminution des tarifs douaniers de 50%. Cette indemnité devait servir à compenser les planteurs français dépossédés qui eux avaient utilisé la main d’oeuvre gratuite des esclaves noirs pendant plus d’un siècle. À chaque fois que le gouvernement d’Haïti tentait de renégocier ce fardeau fiscal écrasant, les Français utilisaient la technique éprouvée de ?gun boat diplomacy? menaçant Haïti de ses navires de guerre jusqu’à ce que celle-ci recommence à payer. Cette extortion dont les paiements se terminèrent en 1888, acheva d’éteindre toute velléité de reprise économique sur cette île isolée et appauvrie; c’est pourquoi il y a quelque temps un groupe d’intellectuels Haïtiens envoya à la France une demande de remboursement en bonne et due forme tenant compte de la valeur actualisée des 90 millions de francs-or déjà déboursés par Haïti sous la menace française. La note de frais, évidemment ignorée par la France, s’élève à 22 milliards d’euros. Cette somme viendrait à point pour reconstruire l’île d’Haïti victime récente d’un violent tremblement de terre.

Notes Biographiques

Pierre Arbour, né en 1935, obtint un B.A. de l’Université de Montréal en 1956 et un B.Com. de McGill en 1959. Il eut une longue carrière dans le domaine financier, entre autres à la Caisse de Dépôt et Placement du Québec. Il est aussi l’auteur de «Québec Inc. ou la tentation du dirigisme» publié en 1993. Il est maintenant président de la Fondation Universitaire Pierre Arbour qui donne des bourses aux étudiants Montréalais aux niveaux de la maîtrise et du doctorat.

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En 1812
Artiste: Illarion Prianichnikov
Prisonniers français; près de 200 000 soldats de la Grande Armée furent faits prisonniers en Russie

 

1 D’après Henri Guillemin

2 Le général Bernadotte était l’époux de Désirée Clary, future reine de Suède qui avait été le grand amour de Napoléon avant le mariage de celui-ci avec Joséphine de Beauharnais.

3 Au Québec cet évènement fut commémoré par l’érection d’une colonne et d’une statue à Nelson qui existent toujours sur la Place Jacques Cartier à Montréal.

4 La Pologne avait été démembrée et absorbée par ses voisins dont la Russie et l’Allemagne en 1795: des notables polonais, soucieux de recréer leur pays, convainquirent la jeune et belle Marie Walewska, 20 ans, déjà mariée à un noble polonais, de s’offrir à Napoléon, de passage à Varsovie, afin de plaider la cause de l’indépendance polonaise. Elle devint la maîtresse de Napoléon en 1806 et après la naissance de son fils Alexandre, elle vint le visiter à Paris avec l’enfant où celui-ci fut nommé Comte par Napoléon. Plus tard, elle le visita à l’Île d’Elbe et elle continua de correspondre fidèlement avec Napoléon exilé dans l’île Ste-Hélène jusqu’à la mort de celui-ci.

5 Hitler, se rendant compte qu’il ne pouvait envahir l’Angleterre puisqu’il n’avait pas la maîtrise des airs ni des eaux de la Manche, il décida alors de concentrer son armée dans une attaque surprise contre l’Union Soviétique. Les Allemands envahirent l’URSS en juin 1941 et après une série de victoires et d’encerclements des armées adversaires, ils furent bientôt aux portes de Moscou et de Léningrad avant que le rouleau compresseur soviétique se mette en marche pour repousser les Allemands de 1943 à 1945 jusqu’à Berlin. Des 3 millions de soldats allemands qui initialement balayèrent tout sur leur passage, à peine 200 000 revinrent sain et sauf en Allemagne en 1944.

6 Accompagné d’Armand de Caulaincourt, ministre des affaires étrangères.

7 Joachim Murat (1767-1815) également roi de Naples grâce à son mariage à Caroline Bonaparte, soeur de Napoléon.

8 Maintenant un circuit touristique

9 Incroyablement, la France poursuivit son engouement pour la famille de Napoléon Bonaparte; en 1852, le neveu de Napoléon, Louis-Napoléon, fut plébiscité comme nouvel empereur des français portant le nom de Napoléon III, pour le distinguer de Napoléon II le fils de Marie-Louise d’Autriche mort à 21 ans, appelé l’Aiglon. Entre-temps, le seul fils vivant de Napoléon Bonaparte, Alexandre Walewski, issu de sa liaison avec la comtesse polonaise Marie Walewska, quitta la Pologne en 1830 et devint citoyen français en 1835. En 1856, il présida le Congrès de Paris et à la fin de sa vie devint sénateur et président de l’Assemblée Législative. Les deux cousins, l’un neveu de Napoléon, l’autre son fils, régirent la France pendant plus de 15 ans! La défaite humiliante de la France aux mains des Prussiens de Bismark en 1870 amena l’abdication de Napoléon III en 1871 et la création de la IIIe République.

10 Source: Jérôme Gautheret, Le Monde, janvier 2010