le 25 octobre 2015

  La domination de la langue anglaise coïncida avec la défaite de Napoléon de 1815 et le rôle important accordé à l’Angleterre à la table de négociation du traité de Vienne de la même année qui redessina les frontières de l’Europe. A la suite de ce traité la France subit un rabaissement de son statut de grande puissance au rang de puissance de second ordre, suites aux armées victorieuses de l’Angleterre, de la Prusse et de la Russie. Cette défaite ainsi que la perte d’influence de la France, fit que la langue française perdit son prestige d’antan créé lors du régime glorieux de Louis XIV et plus tard grâce aux victoires de Napoléon en Europe.

La langue française allait demeurer la langue de la diplomatie pour encore un siècle et ce jusqu’au traité de Versailles de 1918 qui allait accorder une place encore plus importante à l’anglais grâce à l’intervention cruciale des États Unis et de l’Angleterre dans ce conflit meurtrier de 1914-1918.

Il faut se rappeler que la langue anglaise n’ayant jamais eu « d’Académie Anglaise, » a pu créer au travers des siècles beaucoup plus de mots que le français soit plus d’un millions de mots, d’après Global Language Monitor, versus cent mille mots notés dans le Grand Robert.

L’Angleterre a été envahie par deux fois dans son histoire, la première fois, par les Romains qui y établirent une colonie qui dura près de 300 ans et finalement par l’invasion de Guillaume le Conquérant en 1066, qui établit une nouvelle classe dominante, les franco-normands. Ceux-ci parlaient français à la cour et en vinrent à dominer totalement la vie économique et sociale du pays. Voilà pourquoi les mots d’une syllabe la plupart du temps onomatopés sont anglo-saxons tels que slap, hit, splash pendant que les mots français vite adoptées grâce à la nouvelle classe dominante tels que table, consideration, travail, versatile et demand; deux mots français qui prirent après 5 siècles un sens différent en anglais.

Durant le long régime d’Edward III (1327-1377), le fils d’Isabelle de France, elle-même petite fille de Saint-Louis, les anglais se rendirent compte qu’il était incongru d’utiliser la langue française a la Cour d’Angleterre pendant que celle-ci était en conflit avec la France durant la guerre de Cent ans. Éventuellement, grâce entre autres à Jeanne d’Arc, les anglais furent chassés de la France en 1453, mais la langue française avait alors disparue de la Cour d’Angleterre.

Une vielle anecdote du temps de Napoléon raconte qu’un bateau de guerre français qui avait le dessus sur un plus petit vaisseau Britannique au large de Toulon, signala par son jeune capitaine français à l’esprit chevaleresque une trêve pour obtenir une reddition du bateau ennemi sans effusion de sang : lors de la trêve l’officier français prononça ces paroles en présence du commandant anglais : «  Sire, je vous demande d’amener votre pavillon pour éviter un combat inutile »

Entendant ces paroles le commandant anglais se raidit et refusa de considérer sa reddition parce qu’il avait compris le sens anglais de « demander » qui équivaut en anglais à exiger… un mot inacceptable pour un fier officier anglais. Le combat reprit donc de plus bel et finalement le bateau de guerre anglais plus petit mais plus rapide réussit à s’enfuir privant ainsi le capitaine français d’une prise de guerre glorieuse.

Quant au mot versatile, au Québec on tend à utiliser le sens anglais qui veut dire habile dans tout, tandis que le sens français de versatile est : celui qui est porté à changer souvent d’opinions.

La langue anglaise a emprunté sans vergogne des milliers de mots de la langue française ce qui a enrichi considérablement cette langue pendant que le français plus frileux garda sa pureté grâce à l’académie française même si parfois des anglicismes inévitables s’y glissent tant chez les français que chez les Québécois.

L’histoire de la langue anglaise nous rappelle qu’elle s’établit là ou l’Empire Britannique fit ces conquêtes; les États-Unis d’Amérique, après un bref conflit avec la mère patrie devinrent un phare pour accentuer la popularité de cette langue.

L’anglais a une facilité innée pour absorber, faire évoluer et même s’accaparer des mots d’autres langues malgré un alphabet écrit qui n’a aucune ressemblance avec la prononciation orale, tel que « foreign » et « colonel ». En plus, l’anglais présente une épellation des mots particulièrement difficiles tels que « thorough » et « height ».

Malgré ces inconvénients, selon « The Open University », la langue anglaise est parlée par au moins 1.5 milliard de personnes sans compter les variations qui inclus l’Hinglish (L’Inde) et Chinglish (La Chine) et la Singlish (Singapore).

Aujourd’hui a la fin de 2015, l’anglais est devenu la « lingua franca » de l’humanité soit la seconde langue de plus en plus utilisée à travers le monde. Les peuples gardent fièrement leur langue nationale mais utilisent l’anglais pour communiquer avec d’autres groupes linguistiques. Le mandarin malgré qu’il soit parlé par près du quart de la population mondiale ne pourra jamais déplacer l’anglais comme langue de communication à cause des difficultés inhérentes à cette langue qui n’a aucune racine parmi les langues populaires dans le monde.

Récemment le Rwanda et la Cameroun pourtant pays francophones, ont décidé de rendre l’anglais obligatoire à l’école secondaire à la place du français.

Chaque peuple conservera donc précieusement sa langue nationale tout en utilisant l’anglais comme langue seconde afin de communiquer avec tous les autres groupes linguistiques.

Selon Statistique Canada, en 2011 près de 10 millions de Canadiens déclaraient pouvoir soutenir une conversation en français comparativement à moins de 9.6 millions en 2006.

Par contre, cela représentait une baisse de pourcentage de 30.7% de la population du Canada en 2006 contre 30.1% en 2011.

Au Québec, la proportion de la population déclarant avoir le français comme langue maternelle a diminué de 80.1% à 79.7% entre 2006 et 2011 ce qui est plutôt négligeable.

L’Immigration internationale

L’immigration influe le plus sur l’évolution du français au Canada. Au cours des 20 dernières années environ 235,000 nouveaux immigrants sont venus s’établir au Canada chaque année. En général parmi les deux langues officielles du pays, la très forte majorité de ces immigrants ne connaissent que l’anglais au travail et dans la vie de tous les jours. C’est donc l’anglais qui au fil du temps finit par s’imposer dans les foyers d’immigrants hors Québec.  La dernière décennie (2002-2012) a démontré que le Québec n’obtenait pas sa proportion d’immigrants soit 18.4% par rapport à son poids démographique au Canada, qui est de 22%.

Vulnérabilité de la langue française au Québec

Il est clair que le Québec, entouré de 350 millions de parlant Anglais contre environ 7 millions parlant français au Canada y’incluant le Québec, soit dans une situation plus fragile que celle de la France avec ses 63 millions de population et entouré de pays partiellement francophones tels que la Belgique et la Suisse.

Avec le gouvernement libéral nouvellement élu, nous pouvons espérer que le nombre de nouveaux immigrants sera plus équitablement réparti à travers le Canada et que la francisation des nouveaux immigrants sera à l’ordre du jour.